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Méthode

Le RPE en musculation : à quoi sert ce chiffre que ton coach note sur ta séance

Par Thibaut Lély, Préparateur physique, fondateur d'Uruz Athletic Factory··9 min de lecture

Une athlète pousse une barre au développé couché, en fin de série

Sur une feuille de séance, « 4 × 5 @ RPE 8 » remplace de plus en plus « 4 × 5 à 80 % ». Ce n'est pas un effet de mode : c'est une autre manière de prescrire la charge, qui tient compte de l'état dans lequel tu arrives ce jour-là.

Ce que le chiffre veut dire

RPE est l'abréviation de Rate of Perceived Exertion, soit l'effort perçu. En musculation, l'échelle va de 1 à 10 et se lit en répétitions restantes : celles que tu aurais encore pu faire à la fin de la série. RPE 10, tu n'aurais pas pu en faire une de plus. RPE 9, il t'en restait une. RPE 8, deux. RPE 7, trois. En dessous de 6, la série relevait de l'échauffement ou du travail technique.

C'est la version que Mike Tuchscherer a popularisée en powerlifting, et c'est celle qu'on utilise à la salle. Son intérêt tient en une phrase : elle s'évalue à la fin de la série, à partir d'une question simple, au lieu de découler d'un maximum testé trois mois plus tôt.

Ce chiffre n'a rien d'une impression vague. L'étude qui a fait entrer cette échelle dans la littérature scientifique a fait squatter vingt-neuf pratiquants à 60, 75 puis 90 % de leur maximum, en mesurant la vitesse de la barre et en leur demandant leur RPE à chaque charge. Plus le RPE annoncé était élevé, plus la barre montait lentement : la relation est très forte chez les pratiquants expérimentés (r = −0,88) et forte chez les débutants (r = −0,77). Ce que tu ressens en fin de série correspond donc à une réalité mécanique, et cette réalité se mesure.

Pourquoi pas simplement un pourcentage ?

Travailler en pourcentages suppose que ton maximum est stable. Il ne l'est pas. Une nuit trop courte, une semaine de travail chargée, un rhume, une journée où tout va bien : ton maximum réel varie de plusieurs pour cent d'un jour à l'autre, dans un sens comme dans l'autre. Une séance écrite à 85 % d'un chiffre daté du mois dernier sera trop lourde le mardi et trop légère le vendredi.

Le RPE résout ce problème sans rien changer au programme : la charge se cale sur ce que tu vaux aujourd'hui. Le coach garde la main sur l'intention, c'est-à-dire sur ce que la série doit produire, et c'est toi qui ajustes les kilos pour que la sensation corresponde.

Une étude a comparé les deux méthodes sur huit semaines, chez des hommes déjà entraînés. Même programme de squat et de développé couché, mêmes séries, mêmes répétitions : seule changeait la manière de fixer la charge. Les deux groupes ont gagné en force et en épaisseur musculaire, sans écart statistique entre eux, et les tailles d'effet penchaient légèrement du côté du RPE au squat (79 % de probabilité d'un léger avantage). Retiens l'essentiel : les deux méthodes fonctionnent, et se caler sur la forme du jour ne fait rien perdre en progression.

Thibaut, quand un athlète arrive en séance sans être au mieux : « il y avait un RPE demandé de 8, on descend à 6 si besoin, on y va tranquille. » Le programme, lui, ne bouge pas ; c'est l'intensité du jour qui s'adapte.

Se jauger sans se mentir

Le RPE traîne une mauvaise réputation auprès de ceux qui l'emploient mal : on sous-estime ses répétitions en réserve les jours où l'on a envie d'arrêter, on les surestime les jours où l'on veut charger. Trois habitudes suffisent à corriger la plupart de ces dérives.

  • Juge la série sur la vitesse de ta dernière répétition plutôt que sur la brûlure. Une dernière répétition nettement plus lente que la première, c'est un RPE 9 ou 10, quelle que soit ta sensation.
  • Teste-toi de temps en temps. Une série menée jusqu'à l'échec technique, une fois par cycle, remet ton échelle à l'heure : tu sais de nouveau ce qu'est un vrai 10, donc un vrai 8.
  • Note le RPE que tu as réellement atteint, et non celui qui t'était demandé. C'est l'écart entre les deux qui renseigne ton coach.

Bonne nouvelle : cela s'apprend vite. On a demandé à douze powerlifters de choisir eux-mêmes leurs charges pour atteindre un RPE imposé, et ils se sont trompés de 0,33 point en moyenne, un écart négligeable en pratique. Ils se jugeaient plus justement près de l'échec que loin de lui, et il leur a fallu environ trois semaines pour évaluer le squat avec la même précision. Une échelle d'effort s'apprend donc comme un geste : quelques semaines à la pratiquer, et elle devient fiable.

Un RPE se lit aussi en fourchette

Un coach n'écrit pas toujours un chiffre unique. Sur une montée en charge, « RPE 7 à 9 » veut dire : commence loin de l'échec et finis tout près. Sur un top set, « RPE 9 » désigne la série la plus lourde du jour, avec une répétition gardée en réserve. Et sur du travail de vitesse, un RPE bas est précisément l'objectif recherché.

Dans l'application qu'on utilise à la salle, le coach écrit exactement cela, série par série, et l'athlète indique à la fin de l'exercice ce qu'il a ressenti sur une réglette de 1 à 10. Quand le RPE demandé et le ressenti s'écartent trois séances d'affilée, c'est qu'il y a quelque chose à corriger : la charge, ou la manière dont on s'écoute.

Ce que le RPE ne fait pas

Il ne remplace pas le jugement d'un entraîneur. Un débutant n'a pas encore cette échelle dans le corps : on l'accompagne avec des charges imposées, le temps qu'il comprenne ce qu'est une répétition gardée en réserve. Le RPE ne dit rien non plus du volume, du choix des exercices ni de la place de la séance dans la semaine. Il répond à une seule question, celle de la charge du jour, et il y répond mieux que n'importe quel tableau de pourcentages.

Sources

  1. Zourdos M.C. et al., « Novel Resistance Training-Specific Rating of Perceived Exertion Scale Measuring Repetitions in Reserve », Journal of Strength and Conditioning Research, 2016, 30(1), 267-275
  2. Helms E.R. et al., « Self-Rated Accuracy of Rating of Perceived Exertion-Based Load Prescription in Powerlifters », Journal of Strength and Conditioning Research, 2017, 31(10), 2938-2943
  3. Helms E.R. et al., « RPE vs. Percentage 1RM Loading in Periodized Programs Matched for Sets and Repetitions », Frontiers in Physiology, 2018, 9, 247