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Progression

Combien de séances par semaine ? La mauvaise question

Par Thibaut Lély, Préparateur physique, fondateur d'Uruz Athletic Factory··8 min de lecture

Deux athlètes enchaînent un mouvement d'haltères face au miroir d'une salle

La question qu'on nous pose le plus souvent à l'inscription, c'est « combien de fois par semaine faut-il venir ? ». La réponse honnête tient dans une autre question : combien de fois par semaine viendras-tu encore au mois de février ?

Ce que dit Thibaut, et ce qu'il voit depuis quinze ans

« Quelqu'un qui s'entraîne seulement deux fois par semaine toute l'année progressera beaucoup plus vite que quelqu'un qui vient cinq fois par semaine pendant deux mois, puis arrête un mois, et ainsi de suite. »

Ce constat n'a rien d'un slogan de motivation : c'est ce qu'il observe depuis quinze ans. La progression en force et en condition physique fonctionne par accumulation. Chaque séance ajoute un peu, et l'arrêt reprend vite ce qui a été gagné. Un mois sans rien faire efface une bonne part de ce que deux mois intenses avaient construit, et le redémarrage coûte des courbatures, du temps, et souvent l'envie.

Cette perte a été chiffrée. Une méta-analyse portant sur 103 études a mesuré ce que l'on perd lorsqu'on cesse la musculation : la force sous-maximale recule nettement (différence moyenne standardisée de −0,62), la force maximale diminue de manière plus modérée (−0,46) et la puissance maximale résiste un peu mieux (−0,20). Deux enseignements nous intéressent ici : l'ampleur de la perte augmente avec la durée de l'arrêt, et elle frappe plus durement les personnes devenues inactives que celles qui gardent une pratique de loisir. Ce qui protège les acquis, autrement dit, c'est de continuer à faire quelque chose.

Pourquoi l'organisme préfère la répétition

Un mouvement s'apprend par la fréquence. Le squat, le soulevé de terre et le développé couché sont avant tout des gestes, et un geste se stabilise quand on le répète souvent, pas quand on le répète beaucoup une seule fois. Thibaut le formule à sa manière : « on devient bon dans un geste quand on le répète souvent. » Deux passages par semaine sur les mêmes schémas moteurs pendant un an, cela représente une centaine d'occasions d'apprendre. Cinq passages pendant huit semaines, cela en fait quarante, puis vient l'oubli.

Vient ensuite la question de la récupération. Une personne qui débute ou qui reprend n'a pas encore les moyens d'encaisser cinq séances : elle accumule de la fatigue, dort moins bien, se blesse sur une bêtise, puis arrête. Deux ou trois séances laissent au corps le temps de s'adapter d'une fois sur l'autre.

Sur le nombre idéal, la littérature donne une réponse plus nuancée qu'on ne l'imagine. Une méta-analyse de 22 études observe bien des gains de force qui augmentent avec la fréquence : les tailles d'effet passent de 0,74 pour une séance hebdomadaire à 0,82, 0,93 puis 1,08 à quatre séances et plus. Mais dès que l'on égalise le volume total de travail entre les groupes, cet effet disparaît. La fréquence sert donc surtout à répartir le volume ; elle n'apporte rien par elle-même. Pour la prise de masse, la règle qui résiste à volume égal est plus simple encore : solliciter un groupe musculaire deux fois par semaine donne de meilleurs résultats qu'une seule.

Ce qu'on met dans deux séances

Deux séances hebdomadaires bien construites suffisent à couvrir tout le corps. Soit deux séances complètes, soit une séance pour le haut du corps et une pour le bas. Chacune s'articule autour d'un mouvement principal lourd, d'un ou deux exercices d'assistance et d'un bloc de conditionnement. L'objectif n'est pas de tout faire, mais de refaire souvent la même chose.

  • Un mouvement principal : un squat ou une charnière de hanche, une poussée ou un tirage.
  • Des exercices d'assistance sur tes points faibles, en séries plus longues.
  • Dix à quinze minutes de conditionnement, que l'on fait varier d'une semaine à l'autre.

À quel moment augmenter

Le bon moment se reconnaît facilement : tu tiens ta fréquence actuelle depuis assez longtemps pour qu'elle ne te demande plus d'effort. Trois mois à deux séances sans en manquer une valent mieux que la décision de passer à quatre. Et lorsqu'on ajoute, on ajoute une seule séance, plus courte que les autres, pour que le corps et l'agenda s'y habituent.

L'inverse vaut tout autant. Une semaine impossible reste une semaine réussie si tu parviens à y caser une séance courte. « Même avec peu de temps, on peut faire un bloc de travail », rappelle Thibaut : de la force, du cardio ou du renforcement sur un point faible. Une séance réduite à un seul bloc suffit à ne pas rompre la régularité.

La discipline plutôt que la souffrance

Être régulier ne signifie pas être dur avec soi. Thibaut reprend volontiers une devise de Louie Simmons : « Learn to train smarter, not harder. » Ce qui fait progresser, c'est de revenir, séance après séance, sur un programme que l'on comprend et que l'on apprécie assez pour le suivre. Le reste, la charge, l'intensité, les méthodes, relève du travail de l'entraîneur, et n'a de sens que si tu es là.

Sources

  1. Bosquet L. et al., « Effect of training cessation on muscular performance: a meta-analysis », Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 2013, 23(3), e140-e149
  2. Grgic J. et al., « Effect of Resistance Training Frequency on Gains in Muscular Strength: A Systematic Review and Meta-Analysis », Sports Medicine, 2018, 48, 1207-1220
  3. Schoenfeld B.J., Ogborn D., Krieger J.W., « Effects of Resistance Training Frequency on Measures of Muscle Hypertrophy: A Systematic Review and Meta-Analysis », Sports Medicine, 2016, 46(11), 1689-1697